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La dette canadienne sous l’emprise inédite des investisseurs étrangers

Mark Carney gouverne avec une solide minorité parlementaire. Pourtant, une autre majorité mérite son attention : celle qui, sans siéger aux Communes, influence de plus en plus les finances canadiennes.

Foreign investment in Canadian bonds

Selon un nouveau rapport de Warren Lovely de la Banque Nationale, les investisseurs étrangers ont absorbé environ 60 % de toute la nouvelle dette fédérale émise durant l’exercice financier 2024-2025.

C’est un montant record — 91 milliards de dollars de bons du Trésor et d’obligations canadiens achetés par des non-résidents sur 12 mois — et suffisant pour soulever de sérieuses questions sur qui soutient réellement les besoins d’emprunt d’Ottawa.

« Les non-résidents ne peuvent pas voter aux élections canadiennes ni occuper de sièges au Parlement, souligne M. Lovely. Mais les investisseurs étrangers ont amplement l’occasion d’exprimer leur opinion sur la direction choisie par le gouvernement. S’ils sont mécontents, ils pourraient arrêter d’acheter et/ou exiger des rendements relativement plus élevés et/ou des courbes plus pentues pour rester impliqués. »

Une dépendance croissante envers les acheteurs étrangers

Les non-résidents détiennent une part croissante de la dette fédérale. Les investisseurs étrangers possèdent désormais 512 milliards de dollars d’obligations gouvernementales canadiennes, représentant 36 % de l’encours total. Ce pourcentage dépasse largement la moyenne historique de 23 % et frôle le sommet historique de fin 2024.

La participation accrue des investisseurs étrangers apporte de nombreux avantages, selon M. Lovely. Elle injecte des liquidités dans le marché obligataire canadien et permet à Ottawa de financer ses déficits croissants sans surcharger les investisseurs locaux. Les acheteurs se diversifient : banques centrales, fonds souverains, assureurs, caisses de retraite et fonds spéculatifs agiles s’intéressent désormais au marché canadien.

La Banque du Canada soulève toutefois des inquiétudes dans son dernier Rapport sur la stabilité financière. Les investisseurs, nombreux à recourir à l’effet de levier, pourraient battre en retraite précipitamment face à un changement de conjoncture ou une modification de leur tolérance au risque.

Une brusque interruption, puis la vie reprend

Fait intéressant, le dernier trimestre a révélé une tendance différente, contrastant avec le rythme record des acquisitions étrangères durant l’exercice financier.

Entre janvier et mars 2025, les non-résidents n’ont acquis aucune nouvelle dette fédérale. Les investisseurs canadiens ont donc absorbé l’intégralité des émissions d’Ottawa, atteignant un niveau record depuis la vague d’emprunts au plus fort de la pandémie en 2020.

La conjoncture se révélait particulièrement défavorable : menaces tarifaires américaines en cascade, fluctuations du dollar canadien et climat d’incertitude politique à l’approche des élections fédérales d’avril. « Les investisseurs étrangers ont probablement préféré se retirer en début d’année, attendant que le brouillard se dissipe », commente M Lovely.

Les signes d’un recul temporaire se multiplient. Les données citées par la Banque Nationale révèlent une forte présence des investisseurs étrangers. Ces derniers dominent le marché avec 30 % des transactions d’obligations et de bons du Trésor canadiens en avril, surpassant les banques canadiennes et les investisseurs institutionnels. Leur appétit ne faiblit pas : ils ont déjà acquis le quart des nouvelles émissions depuis l’ouverture de l’exercice financier.

Impact sur les emprunteurs et les marchés financiers

Le gouvernement fédéral maintiendra sa forte dépendance envers la demande d’obligations, alors qu’Ottawa s’apprête à accroître ses emprunts. Sans budget établi, mais porté par des promesses électorales laissant présager des déficits plus importants, Ottawa mise sur cette stratégie.

Un désintérêt des investisseurs étrangers ou une sélectivité accrue de leur part pousserait les rendements obligataires à la hausse pour séduire de nouveaux acheteurs. Cette hausse alourdirait la facture des emprunts gouvernementaux et impacterait l’ensemble du secteur financier, des taux hypothécaires fixes jusqu’aux conditions générales de crédit.

« Ottawa doit se prémunir contre la complaisance budgétaire », souligne Warren Lovely. Le Canada conserve une image de solidité face à ses pairs, notamment les États-Unis récemment déclassés, mais les investisseurs internationaux disposent d’options — et nourrissent des attentes.

Les investisseurs étrangers, même absents, exerceront probablement une influence plus décisive que l’opposition sur les finances publiques d’Ottawa.

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Last modified: mai 28, 2025

Steve Huebl is a graduate of Ryerson University's School of Journalism and has been with Canadian Mortgage Trends and reporting on the mortgage industry since 2009. His past work experience includes The Toronto Star, The Calgary Herald, the Sarnia Observer and Canadian Economic Press. Born and raised in Toronto, he now calls Montreal home.

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