Écrit par 8:30 Banque du Canada Views: 145

La Banque du Canada devrait garder le cap mercredi face à la surprenante vigueur de l’économie

Il y a quelques jours à peine, la Banque du Canada semblait prête à reprendre la baisse des taux d’intérêt. Toutefois, les données du PIB plus fortes que prévu publiées vendredi pourraient avoir changé les perspectives.

Le PIB du Canada a progressé à un taux annualisé de 2,2 % au premier trimestre de l’année, égalant le dernier trimestre de 2024 et défiant les attentes d’une stagnation économique causée par les tarifs douaniers.

Statistique Canada révèle que cette hausse est attribuable à une augmentation des importations et des exportations. Ont particulièrement contribué à ce phénomène, les produits touchés par les droits de douane, tels que les voitures, le pétrole et le gaz, la machinerie industrielle, l’équipement et leurs pièces détachées.

Ces chiffres inquiètent quand même certains économistes. Ils soupçonnent une ruée vers les achats avant l’entrée en vigueur des tarifs douaniers. Les clients auraient accéléré leurs commandes pour devancer la hausse des prix annoncée. Cette situation masquerait des tendances économiques alarmantes. L’industrie manufacturière plonge. Les services publics déclinent. La construction résidentielle s’effondre. Les ménages réduisent leurs dépenses et leur épargne.

À contre-courant des prévisions sur les taux

Les grandes banques canadiennes misaient sur une baisse des taux en juin avant la publication du dernier PIB. Elles doivent maintenant revoir leurs prévisions.

Il y a à peine un mois, BMO, CIBC, Banque Nationale et RBC prévoyaient une réduction de 25 points de base en juin, tandis que TD allait plus loin, suggérant que nous pourrions voir une réduction supplémentaire de 50 points de base. TD a depuis révisé ces prévisions.

La Banque Scotia se démarquait des grandes institutions financières canadiennes en prédisant un maintien des taux. Les autres banques rejoignent désormais cette position, du moins pour la réunion cette semaine.

Pourquoi la Banque du Canada pourrait reporter ses baisses de taux

Dans un message intitulé « La Banque du Canada ne devrait absolument pas baisser ses taux », Derek Holt de Scotia soutient que les pressions inflationnistes sous-jacentes demeurent trop persistantes pour justifier un assouplissement supplémentaire.

« Il n’y a aucune raison que la Banque du Canada procède à une baisse des taux prochainement, voire du tout », écrit M. Holt, soulignant une inflation sous-jacente obstinément élevée – et ce avant même que l’impact total des chocs d’approvisionnement liés aux tarifs ne se fasse sentir.

Les données sur l’inflation d’avril étaient plus élevées que les projections de la Banque, ajoute-t-il : « Malgré un ralentissement modeste, d’autres forces maintiennent l’inflation sous-jacente à des niveaux tenaces et élevés. »

Les grandes banques rejoignent désormais la position prudente de Holt, après la publication d’un PIB supérieur aux attentes.

« Les chiffres du PIB ne montrent aucun signe de détresse en ce début 2025, » souligne Douglas Porter, économiste en chef de BMO, dans sa note faisant suite à l’annonce du PIB. « Ces résultats robustes nous poussent à abandonner notre prévision d’une baisse des taux la semaine prochaine. Nous tablons maintenant sur une réduction lors de la décision de fin juillet, dans huit semaines. »

M. Porter estime que la forte croissance du PIB révèle un pessimisme excessif envers l’économie canadienne et une surévaluation des effets des tarifs douaniers. Les actions, malgré leur chute en début d’année, ont vite rebondi. Le moral des entreprises et des consommateurs se redresse également après avoir fléchi à l’annonce des nouveaux tarifs.

Le marché a peut-être surestimé l’impact de la guerre commerciale. L’économie maintient sa stabilité tandis que l’inflation de base persiste à un niveau élevé. Dans ces conditions, la Banque du Canada pourrait freiner son élan et modérer les baisses de taux que beaucoup attendaient cette année.

« L’économie nécessite désormais moins de soutien monétaire, écrit M. Porter. L’inflation sous-jacente, remontée au-dessus de 3%, incitera la Banque à la prudence. Les taux devraient donc rester stables cette semaine. Les baisses de taux reprendront, mais plus tard que prévu. Nous les anticipons maintenant pour fin juillet, avec une possible extension jusqu’au début de l’année prochaine. »

Les marchés obligataires tablaient vendredi sur une probabilité de 32 % seulement pour une baisse des taux en juin, privilégiant massivement le statu quo. Les investisseurs misaient en revanche fortement sur juillet, anticipant à 75 % une baisse de 25 points de base.

Prévisions actuelles des six grandes banques concernant le taux directeur et le rendement des obligations

Les grandes banques canadiennes revoient leur position avant la décision sur les taux cette semaine. Suite aux chiffres encourageants du PIB, la majorité d’entre elles table désormais sur un maintien des taux.

  Taux directeur actuel : Juin
décision
T3 2025 T4
2025
T4
2026
BMO_Logo transparent 2.75% 2,75 % (+25 pb) 2.25% 2.00% 2.00%
2.75% 2,75 % (+25 pb) 2.25% 2.25% 2.25%
National_Bank_of_Canada-Logo_transparent2 2.75% 2,75 % (+25 pb) 2.25% 2.00% 2,00 % (-50 pb)
Logo RBC 2.75% 2,75 % (+50 pb) 2.25% 2.25% 2.50%
2.75% 2.75% 2.75% 2.75% 2.00%
2.75% 2,50 %
(+25 pb)
2.25% 2.25% 2.25%

 

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Last modified: juin 2, 2025

Journaliste indépendant et conférencier torontois, Jared Lindzon possède une plume recherchée par les plus prestigieux médias. Ses articles paraissent dans le Globe & Mail, Fast Company et TIME Magazine, mais aussi dans le New York Times, Rolling Stone, The Guardian et Fortune Magazine.

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