Le dernier résumé des délibérations de la Banque révèle que les membres du Conseil ont envisagé une baisse d’un quart de point, avant de s’accorder sur le maintien du taux directeur à 2,75 %. Deux éléments ont pesé dans la balance : une inflation plus tenace que prévu et une économie affichant une résilience inattendue.
Les responsables de la politique monétaire s’inquiétaient particulièrement des derniers chiffres de l’inflation, révélant que l’inflation de base dépassait leurs prévisions depuis le début de l’année.
L’indice global des prix à la consommation a reculé à 1,7 % en avril, aidé notamment par la suppression de la taxe fédérale sur le carbone, mais l’inflation sous-jacente s’est montrée tenace.
Si l’on fait abstraction du changement fiscal, l’inflation atteignait 2,3%, tandis que les indicateurs privilégiés de l’inflation sous-jacente de la Banque « dépassaient la barre des 3 % ». Les membres ont mis en lumière l’impact des droits de douane et des perturbations des chaînes d’approvisionnement sur la hausse des coûts. « Plusieurs d’entre eux se sont notamment inquiétés de voir un nombre croissant de composantes de l’IPC, surtout dans les services, franchir le seuil des 3% ces derniers mois. »
La Banque souligne aussi que « les entreprises prévoient de répercuter sur leurs prix de vente la hausse des coûts liée aux tensions commerciales, en s’appuyant sur les tarifs douaniers pour justifier cette augmentation. »
La croissance ralentit mais ne s’effondre pas
Les signaux de ralentissement étaient clairs, mais les chiffres ne laissaient pas encore présager d’effondrement brutal. La croissance du premier trimestre a surpassé les attentes, porté par la vigueur des exportations et des investissements – même si les entreprises avaient vraisemblablement devancé leurs dépenses pour esquiver la hausse des tarifs douaniers.
« Au premier trimestre, la demande intérieure est demeurée inchangée », souligne la Banque, « mais la croissance générale du PIB a résisté, portée par une accélération des exportations et une résilience notable de la consommation et des investissements privés. »
Les membres du Conseil de direction s’inquiètent toutefois des fragilités qui apparaissent dans l’économie. Le marché du travail se dégrade, notamment dans les secteurs dépendants du commerce international, tandis que le chômage grimpe à 6,9%. L’immobilier montre aussi des signes de faiblesse, avec un ralentissement marqué des transactions à Toronto et Vancouver.
L’incertitude demeure la plus grande menace
Les discussions ont largement tourné autour des incertitudes liées à la politique commerciale américaine. Malgré une accalmie des tensions commerciales mondiales depuis avril, la Banque a mis en garde : « le conflit commercial déclenché par les États-Unis demeure la principale source d’inquiétude et la plus grave menace pour l’économie canadienne. »
En fait, au moment même où le Conseil de direction débattait de la politique monétaire, le président Trump a annoncé que les droits de douane sur l’acier et l’aluminium canadiens doubleraient pour atteindre 50 %, soulignant le risque de nouveaux chocs. Les responsables politiques ont déclaré qu’ils surveillaient comment ces tarifs accrus pourraient se répercuter sur les exportations, l’investissement, l’embauche et les prix.
« Les membres, indique le résumé, ont reconnu la complexité de ces dynamiques et leurs multiples évolutions possibles. Ils devront avancer avec prudence au fur et à mesure que de nouvelles informations leur parviendront. »
Pourquoi la Banque a préféré temporiser
Pour décider d’une baisse des taux, les membres ont pesé trois facteurs majeurs : une inflation plus vigoureuse qu’anticipé, une économie montrant des signes de résistance, et un climat d’incertitude persistant. La Banque a certes admis la possibilité d’une nouvelle baisse, mais sans y voir d’urgence immédiate.
La Banque explique que son Conseil de direction maintient le taux directeur à 2,75 %, s’appuyant principalement sur ces facteurs, le temps d’évaluer plus précisément les répercussions de la politique commerciale américaine sur l’économie canadienne.
Les membres divergeaient sur la marche à suivre. Le compte-rendu soulignait qu’une économie affaiblie et des pressions déflationnistes accrues nécessiteraient une baisse plus marquée du taux directeur.
Toutefois, une inflation sous-jacente tenace « compliquerait toute baisse du taux directeur ». Pour l’heure, les gouverneurs s’accordent sur un point : de nouvelles réductions pourraient s’imposer si les tensions commerciales s’intensifient et que l’inflation commence à refluer.
Photo de David Kawai/Bloomberg via Getty Images
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Last modified: juin 18, 2025


