Tiff Macklem, gouverneur de la Banque du Canada, a lancé mercredi un avertissement : les mesures commerciales américaines plombent déjà nos exportations et nos emplois. Elles risquent de rallumer l’inflation si Washington maintient ses tarifs douaniers.
Devant le Conseil du commerce de St. John’s à Terre-Neuve-et-Labrador, M. Macklem a décrit comment une vague de protectionnisme américain avait bouleversé la reprise économique d’après-pandémie. Cette vague a entraîné un effondrement des exportations et une multiplication des mises à pied dans les secteurs dépendants du commerce international.
« Depuis l’arrivée de Trump à la Maison-Blanche en janvier, le monde traverse une flambée des droits de douane et baigne dans une incertitude permanente, a souligné M. Macklem. Le Canada en paie le prix : perturbation des échanges commerciaux et pertes d’emplois. »
Le gouverneur a expliqué que la croissance du PIB avait connu un rebond passager en début d’année, les entreprises s’étant empressées d’expédier et de constituer des stocks avant l’entrée en vigueur des tarifs douaniers. Cet élan s’est cependant vite essoufflé. Les exportations vers les États-Unis se sont effondrées de plus de 15 % en avril, avec une chute particulièrement marquée de 25 % dans le secteur automobile. Le secteur manufacturier accumule les pertes d’emplois, notamment dans l’industrie automobile ontarienne qui a vu ses effectifs fondre de 55 000 postes depuis janvier.
Pression à la baisse sur la croissance, pression à la hausse sur les prix
M. Macklem a mis en lumière le double effet des tarifs douaniers sur l’inflation : d’un côté, ils freinent la croissance et détruisent des emplois, modérant ainsi les pressions inflationnistes ; de l’autre côté, les tarifs renchérissent les importations, une hausse susceptible d’être répercutée aux consommateurs.
« Pour éviter les suppressions d’emplois et la hausse des prix qu’entraînent les tarifs douaniers, la solution est simple : ne pas en imposer », a tranché sans détour le gouverneur.
La Banque du Canada cherche toujours à déterminer l’impact précis des droits de douane sur la hausse récente de l’inflation sous-jacente. L’inflation globale a reculé à 1,7 % en avril, notamment après la suppression de la taxe carbone fédérale, mais les indicateurs fondamentaux poursuivent leur progression. Cette tendance s’explique partiellement par le renchérissement des biens et les premiers signaux d’un report sur les consommateurs des surcoûts liés aux perturbations commerciales.
« Nous suivrons attentivement les indicateurs d’inflation sous-jacente pour comprendre l’évolution des pressions inflationnistes », a souligné Tiff Macklem. Il précise que, même s’il est prématuré d’en mesurer toutes les répercussions, les entreprises font déjà état d’une hausse des coûts d’approvisionnement dans leur quête de nouveaux fournisseurs et débouchés.
Autres baisses de taux si l’inflation le permet
Le taux directeur de la Banque est à 2,75 % après sept baisses depuis mi 2024. Ce taux est resté stable plus tôt ce mois-ci, résultat d’un affaiblissement économique et d’une incertitude élevée, mais aussi une modeste hausse des mesures de l’inflation.
« Nous avons reconnu qu’il faudrait peut-être abaisser davantage le taux directeur si l’impact des droits de douane américains et le climat d’incertitude continuaient d’affecter l’économie », a indiqué M. Macklem.
Mais les baisses de taux pourraient devenir plus difficiles à justifier si les anticipations d’inflation augmentent ou si la répercussion des coûts s’accélère, a-t-il ajouté.
Appel à la diversification du commerce
M. Macklem cite l’exemple de Terre-Neuve-et-Labrador comme modèle de diversification des échanges commerciaux. La province a réussi, en vingt ans, à réduire drastiquement sa dépendance envers les États-Unis : alors que le marché américain absorbe généralement trois quarts des exportations canadiennes, il ne représente plus qu’un tiers des exportations terre-neuviennes.
« Terre-Neuve-et-Labrador nous trace la voie en diversifiant avec succès ses marchés et ses produits », a déclaré M. MacLem, appelant les autres provinces canadiennes à renforcer leurs échanges commerciaux, tant au pays qu’à l’international, pour s’affranchir de la dépendance à un partenaire unique.
Il a aussi insisté sur la nécessité d’établir un nouvel accord commercial avec les États-Unis, les deux pays s’étant récemment engagés à entamer des pourparlers dans un délai de trente jours.
« Le rétablissement du libre-échange entre nos pays est vital pour l’emploi et la croissance économique du Canada », a-t-il conclu.
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Last modified: juin 19, 2025


